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Féminité, migration, 2ème génération, émancipation, ces mots, ces maux…

Ce 22 juin à l’ADSF, nous recevons ce témoignage de Ronita C. qui est venu à la Galerie la Ville A des Arts découvrir l’exposition « A la rencontre des femmes oubliées », réalisées par Erwan Balanant et Eloise Bouton. Son témoignage nous a bouleversé.

« 1ère impression, ça nous saute aux yeux et ça nous submerge. La réalité de milliers de femmes et la précarité… pourtant les clichés ne se veulent pas larmoyants, bien au contraire, pleins de sourires et de petits moments de bonheur. Dans l’intimité de ces femmes que notre société préfère ne pas voir, cette exposition les rend enfin réelles et visibles. Leur donner la parole, des mots pour raconter leurs maux. A elles, qui sont les 1ères victimes de cette précarité. Depuis quelques temps, nous parlons beaucoup de la « charge mentale», peu importe le milieu social, ce sont souvent les femmes qui en ont la responsabilité, de gérer le quotidien de la famille. Mais l’exercice est encore plus périlleux quand les règles de base d’hygiène, d’accès au soin et à la contraception ne sont pas là.

Les photos font ressortir un autre trait particulier, certainement non volontaire mais cela transpire ; le modèle patriarcal.
Les hommes, dehors et les femmes à l’intérieur à la nuit tombé…

Quand on quitte un pays, on se raccroche souvent à ce qui nous reste, notre culture et nos traditions. Sans forcément se poser de questions, d’ailleurs ce n’est pas une priorité, on ne questionne pas, « on réplique ». Loin de moi l’intention de porter un jugement, Il m’a d’ailleurs fallu un certain temps pour mettre des mots sur ce que j’ai ressenti à la vue de ces photos. De part le prisme de mon histoire filiale, une autre époque mais même galère. Je suis franco-chino-cambodgienne et fais parti de la communauté des immigrés dit de la 2ème génération. (Paradigme ou erreur de langage, où comment se stigmatiser alors que je suis française) La question serait de savoir pour quelles raisons, mes parents ainsi que tous les autres membres de la diaspora, ont-ils immigrés ? A une époque pas si lointaine, mes parents ont vécu le déracinement : « La guerre du Cambodge- l’époque des Khmers rouges » L’un des plus grands « génocides » du monde…mais non qualifié comme tel, de ce que la plupart des victimes étaient elles-mêmes des Khmers.

Ce que beaucoup oublient ou ne veulent pas voir, c’est qu’on ne quitte pas un pays instable par choix mais parce qu’on ne l’a pas. Par cette expo, j’ai pu entrapercevoir ce qu’avaient vécu mes parents, leur histoire, le choc des cultures, la survie, l’espoir.
Autre parallèle, l’évolution des mentalités, issue d’une famille à fortes valeurs traditionnelles, j’ai pu vivre ce besoin d’émancipation et ce désir de vivre ma vie. Le modèle patriarcal étant la norme, il a été difficile de s’élever contre mais le comprends d’une certaine manière. Culturellement, c’était à mon père de subvenir à nos besoin, « son » devoir, lui qui avait tout au Cambodge, a dû repartir de zéro… Je respecte et aime mon père mais je suis une féministe! Ma mère était à la fois partager entre ce désir de nous voir nous accomplir en tant que femme et le rôle que les traditions nous imposait, de prendre soin de notre foyer et de notre « homme », le travail n’étant pas la priorité des femmes. Ma mère a toujours eu cette envie d’indépendance et j’ai pu sentir a frustration. J’ai, cependant, fait le choix de la liberté, choisi de vivre ma vie de femme, sans concession.
Je me suis choisie « moi », je suis femme, mère, et entrepreneure, riche de ma double culture et assume mes origines. Je suis Franco- chino cambodgienne.

En regardant ces photos, je ne peux qu’être reconnaissante pour le courage et la résilience qu’ont fait preuve mes parents tout au long de leur vie. A ma mère, mon héroïne, le socle et l’âme de notre famille, un océan d’amour condensé d’1m50 qui m’a toujours poussé à faire mieux. A mon père, mon héros qui m’a toujours gâté d’amour et m’a appris qu’on pouvait faire beaucoup avec peu et m’a enseigné la persévérance.
A la France, mon pays qui les a accueilli bien avant ma naissance.
A tous les bénévoles qui les ont un jour aidé, Merci… A l’ADSF, MERCI »