18 rue Bernard Dimey - 75018 Paris - 01 78 10 79 25 - contact@adsfasso.org

Journée mondiale des réfugiés : les femmes réfugiées existent aussi

centre accueil hygiene sante adsf femmes migrantes
Accueil hygiène et santé 2018 ADSF / Patrick Bar

 

Lors de nos maraudes de santé, nous allons à la rencontre de femmes en situation de grande précarité. Depuis le début de l’année 2018, nous avons rencontré 293 femmes migrantes et réfugiées, dans des centres d’accueil et d’hébergement, dans la rue, ou se présentant lors de nos accueils hygiène et santé, organisés dans nos locaux (ou spontanément). Cela représente 3 femmes sur 5 que nous rencontrons. 1 sur 2 est arrivée en France ces 6 derniers mois. 35 ont déclaré fuir pour violences et/ou mariages forcés et 22 sont victimes de traites des êtres humains à des fins de prostitution.

Les femmes réfugiées et migrantes que nous rencontrons sont principalement Africaines. Elles viennent d’Afrique de l’Ouest pour la majorité.

Elles sont parties de leur pays pour de multiples raisons, mais bien souvent, cela est dû à une violence liée à leur genre (mariage forcé, mutilations sexuelles, violence physique, persécution ou précarité économique). Celles qui sont mères, partent parfois avec leurs enfants, parfois sans eux. Loin de nos représentations, certaines femmes sans enfants partent seules, sans homme.

S’ensuit un long, dangereux, et la plupart du temps très violent parcours de migration. Un grand nombre de femmes migrantes qui passent par la Libye sont agressées sexuellement ou violées. Celles qui survivent à ce parcours doivent encore atteindre l’Europe, la plupart du temps via les îles italiennes, en passant par la Méditerranée. Au moins 16 000 personnes sont mortes depuis 2013 lors de cette traversée (source : office international des migrations).

Arrivées en France, les femmes seules sont oubliées et elles développent des stratégies d’invisibilité pour se protéger des violences dont elles sont victimes.
Dans nos représentations comme dans la plupart des dispositifs d’accueil pensés pour les personnes réfugiées, trois profils se dessinent : les hommes seuls, les mineurs isolés et les familles. “Les familles” est une catégorie dans laquelle on range, sans les nommer, les femmes seules… Et les familles ou les couples unis via un mariage forcé ! Les femmes n’ont que très peu la possibilité de l’exprimer.

 

M. est une jeune femme sénégalaise de 28 ans. Elle était cadre sage-femme en charge de centres de maternité d’un district où elle réalisait près de 50 consultations par jour et encadrait des sages-femmes. Elle avait un appartement, une situation professionnelle et un salaire pour subvenir à ses besoins.
Sa grand-mère, engagée pour l’émancipation des femmes, la protégeait des traditions (mariage forcé, excision) et du rejet, lui permettant ainsi de vivre comme elle l’entendait. Mais en décembre 2017, sa grand-mère décède. Dans la journée, sa famille lui apprend qu’elle devra se marier.
M. se rend à l’enterrement de sa grand-mère. Elle est enlevée pour être mariée. Le soir des noces, elle est violée et excisée. Les 3 jours suivants, elle est l’hôpital dans un état grave (hémorragie). Pour sa survie, aussi bien physique que mentale, elle doit quitter le pays et tout abandonner en urgence. Elle arrive en France en novembre 2017.
Nous l’avons rencontré lors de l’un de nos accueils hygiène et santé. Nous avons pu l’orienter vers un CMP (centre médico psychologique). Elle est ainsi suivie par un•e psychologue.

 

C’est aussi P, 27 ans, jeune femme ivoirienne, aide-soignante. Lors d’un conflit en Côte d’Ivoire, elle est violée alors qu’elle n’a que 15 ans, et tombe enceinte. Impossible d’avorter sans mettre sa vie en danger : aucun centre de santé n’acceptait de le faire (et le faire via des réseaux clandestins est trop risqué). Elle décide alors de garder l’enfant… Ce qui entraînera son rejet par sa famille. Elle est mariée de force avec un autre homme qui la violente et avec qui elle a des enfants. Elle se fait maltraiter par sa belle-famille au quotidien. Elle contracte une dette pour pouvoir faire hospitaliser son enfant malade, et part dans l’espoir de la rembourser. Elle arrive en France en janvier 2018. Lors d’une nuit passée dans un hôtel, elle est violée à de multiples reprises. Chaque jour, elle contacte le 115 pour avoir une place. Quand il n’y a pas de place, elle dort dans la rue ou bien chez des connaissances, qui acceptent pour une nuit de la dépanner. P a besoin d’une mise à l’abri, et d’être prise en charge suite à l’angoisse et aux troubles liés à son viol (dépistage HIV IST, soutien psychologique).

 

Et c’est également, S, 26 ans, Pakistan, qui vit dans une chambre d’hôtel social avec son mari, avec lequel elle a été mariée de force. Elle nous appelle régulièrement pour nous demander une prise en charge psychologique. Elle aimerait être séparé de son mari et changer de chambre.

 

L’ADSF tient à réaffirmer à l’occasion de la Journée des réfugié•e•s la présence et l’existence de femmes réfugiées seules sur le sol français.
Ces femmes souffrent d’un manque de structures et de dispositifs à leur égard, du fait, entre autres, de leur invisibilité.

Nous pensons notamment, comme l’a souligné le HCE, à des dispositifs d’accompagnement, notamment psychologique.
Nous avons pu le détecter lors de nos maraudes de santé mentale : les femmes migrantes et réfugiées que nous rencontrons souffrent psychiquement des violences bien souvent vécues dans leur pays d’origine, de celles vécues lors du parcours de migration, de la situation même de l’exil, et des conditions socio-économiques qui leur sont réservées lorsqu’elles arrivent en France.

Isolées dans des centres d’hébergement d’urgence ou dans des hôtels sociaux quand elles ne sont pas SDF, soumises à une extrême précarité, les structures qui sont en mesure de les écouter et de répondre à leurs besoins en termes de santé, qu’ils soient physiques ou mentaux, se comptent sur les doigts de la main en Île-de-France. Et pour cause, le système de soins actuel en France ne peut pas anticiper ce genre de demandes et les professionnel•le•s de santé se retrouvent dans l’impossibilité de répondre à des besoins qui demeurent invisibles.

Nous appelons à la prise en compte de ces femmes et de leurs besoins spécifiques en termes de santé.

Pour une santé globale des femmes réfugiées, pour une santé pour toutes.

ADSF – Agir pour la santé des femmes