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MISSION À MOSSOUL – JANVIER 2017

Depuis sa création, l’ADSF se préoccupe de l’accès aux soins des femmes en période de guerre.

En partenariat avec l’association WAHA, le Dr Bernard Guillon, gynécologue et président de l’association s’est rendu, début janvier 2017, à Mossoul pour travailler dans les centres de santé des quartiers récemment libérés.

Il témoigne :

« A Partir du Kurdistan irakien, nous avons passé une semaine à collaborer avec nos confrères kurdes et irakiens, dans les camps de réfugiés et dans les centres de santé soutenus par WAHA. Des salles d’accouchement mobiles, fournies par le FNUAP (fond des Nations Unies pour l’aide aux populations) sont installées dans des hangars. Sur un camion, un container aménagé et équipé, comportant une partie consultation et une partie accouchement, permet de réaliser, avec du personnel compétent, des soins de qualité.

Rapidement mis en œuvre, ces équipements sont particulièrement adaptés à ces terrains instables, où les bâtiments sont souvent inutilisables. Dans les camps de réfugiés, ces camions peuvent être accompagnés de containers aménagés en salles de consultation.

Les médecins recrutés sur place effectuent jusqu’à 40 consultations par jour et ces structures effectuent un à trois accouchements par jour. Pour ces femmes qui n’ont pas d’autres accès aux soins, c’est une chance de survie.

Malheureusement, les contraintes de la guerre ne permettent pas toujours d’offrir ces soins 24h/24. Après le couvre feu, les femmes doivent se débrouiller seules, ou avec l’aide de personnes peu qualifiées et sans moyen. La mortalité maternelle et infantile est évidemment majorée.

La seule maternité de référence dans la région est celle de Erbil, capitale du Kurdistan iraquien à 80 km. Il faut, pour y parvenir, passer de nombreux check point ce qui rallonge considérablement le temps de transport.

De plus, la maternité de Erbil, construction provisoire vieille de 30 ans, n’est pas prévue pour accueillir une telle population. Pratiquant près de 20 000 naissances par an depuis la prise de Mossoul par DAESH, elle est totalement débordée et manque de moyen.

La rencontre avec les femmes, rendue difficile par les traditions, montre bien que, derrière le niqab qui ne laisse voir que des yeux qui disent tant de choses, les femmes ont les mêmes préoccupations que partout ailleurs : les demandes de contraception, les troubles gynécologiques souvent liés au stress de la guerre, les suivis de grossesse font le quotidien des consultations.

Les appareils d’échographie, mis à disposition par le FNUAP, permettent de compléter les diagnostics cliniques et de suivre les grossesses, et, font l’objet d’une demande pressante, où l’on retrouve le désir de connaître le sexe des enfants encore protégés par le ventre maternel.

Mais ces préoccupations ne rencontrent pas l’offre de soins nécessaire. La guerre détruit les structures de santé où les rend inutiles faute de moyens et de personnel; elle rend les déplacements dangereux et compliqués.

Mais au-delà du simple défaut de soins, en lui-même porteur de mort, c’est aussi la violence dont les femmes sont particulièrement victimes. La violence directe des actions de guerre, mais surtout les violences sexuelles restent impunies dans la majorité des cas. Les agresseurs, armés font peser des menaces de mort sur les victimes et leur entourage. Il est ainsi très difficile de faire une prise en charge médicale adaptée à ces situations de violences qui ont des conséquences dramatiques sur la santé des femmes, maladies sexuellement transmissibles, grossesses non désirées, traumatisme psychologique. Ces femmes sont à jamais marquées du sceau de l’infamie et blessées dans leur chair et dans leur âme, elles garderont bien après la guerre les séquelles de ces actes. »

L’action de l’ADSF est bien minime, mais parfaitement légitime et utile. Aidez-nous à aider.