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TÉMOIGNAGE D’ELISABETH, SAGE-FEMME BÉNÉVOLE

Cette fois-ci nous partons pour un « squat » de Montreuil. Dans le camion, une des autres bénévoles et moi-même nous interrogeons sur la population que nous risquons de rencontrer… toxicomanes, SDF ? Le camion est garé de manière approximative comme il se doit.  Le squat est une ancienne usine désaffectée. Il fait nuit à présent et des relents d’odeurs vaseuses nous parviennent de l’intérieur. Pas de signes de vie. Nous avançons prudemment. Un sifflement nous fait craindre de nous retrouver face à un molosse et nous tournons vite les talons. Notre crainte était totalement injustifiée, voilà que des hommes Roms franchissent le seuil d’une loge qui devait être un bureau quand l’usine fonctionnait. Nous expliquons qui nous sommes, lentement et en français, tout en mimant un ventre rond par-dessus notre manteau.
« Oui, six ou sept » répond un homme « Mais revenir demain, car pas électricité, il fait noir ».
Ils se décident tout de même à nous faire entrer. Nous les suivons dans un fatras de poutres et de déchets. Les murs suintent l’humidité. Nous découvrons une jeune femme, sa mère et son jeune frère qui revient de l’école, très fier de nous montrer son cartable. Elle dit être enceinte de huit mois et devoir accoucher début mars. Nous proposons de prendre ses coordonnées pour tenter d’avoir un rendez-vous à l’hôpital de Montreuil qui se trouve quelques numéros plus loin. Ce n’est pas la distance qui les effraie mais le mot « intercommunal » qui résonne. Pourquoi donc ne sont-ils pas allés jusque-là bas ? Je fouille mes poches, pas de stylos. Je regarde mes collègues, le constat est le même, et ce sera le jeune frère qui nous prêtera le sien, pioché dans son cartable d’écolier.
Au moment de le lui rendre « Non garde le c’est pour toi » me propose t’il. Je le lui rends bien vite, les larmes me montent aux yeux. Nous repartons avec la promesse de revenir, car à présent il fait trop nuit.
Je prends une douche brûlante en rentrant, en me demandant depuis quand ils n’ont pas eu cette chance.
Dès le lendemain je m’attelle à la prise de rendez-vous : les secrétaires, fort aimables avec moi, font la grimace dès que j’annonce la « couleur ». Même derrière le combiné, je peux les voir plisser le nez à l’annonce des mots « camps » « pas de couverture sociale » « Roumaine ». Je fini par appeler au secours A., un collègue gynécologue, qui accepte de voir la jeune fille en sortie de garde. Elle accouchera trois semaines plus tard d’un enfant en parfaite santé.